Le Monde tel que je le vois
Ca y est, le nouveau Monde est là. Ce n'est ni une symphonie de Dvorak, ni un courant du PS. C'est un journal. Mais ce n'est plus LE journal.
Ce qui s'est amélioré: Oui, le journal est plus aéré, la structure est plus claire (même si il faut apprendre à se repérer puisque c'est nouveau, mais ne soyons pas conservateurs!), les pages d'information et celles de réflexion sont immédiatement identifiables, les pages Débats sont même carrément belles, et la Page Trois s'ouvre à un long article original ouvert à tous les services (comme dans les journaux allemands), c'est bien. Mais...
Le Monde est tout simplement méconnaissable! Il est devenu si quelconque qu'on a l'impression de tenir tantot Libé (pour les pages de fin de journal) tantot Le Fig' (pour la Une et les pages actu) entre les mains! Quel gâchis. Certes il y a plus de photos, mais elles n'apportent pas grand chose. La Une souffre beaucoup des changements, la manchette sur quatre ou cinq colonnes a été remplacée par un titre groupé sur trois ou quatre lignes, la caricature de Plantu est reléguée en bas de page sur un sujet secondaire, le fameux "ventre" a disparu (remplacé par un article décalé en dernière page), tout ce qui faisait
Le Monde quoi... Ne parlons pas de la typographie, "Rocky", hideuse, qui rappelle plus "Le journal du dimanche" ou la presse régionale. A la lecture s'installe le désagréable sentiment de décalage entre cet emballage si standardisé et le ton du journal qui, lui, n'a pas changé du jour au lendemain. Bref,
Le Monde rentre dans le rang des quotidiens francais, et devient visuellement, visiblement un quotidien parmi d'autres. La question est de juger si c'était déjà le cas depuis la crise et le départ d'Edwy Plenel, le changement de formule ne faisant qu'entériner un état de fait.
En tout cas, une grande partie de ce premier numéro est consacrée aux violences dans les banlieues francaises. Il est intéressant de constater que les médias étrangers couvrent aussi très largement le sujet, avec un regard sévère porté sur notre pays, à l'image de la Une du quotidien britannique
The Independent ce matin, avec ces quatre mots:
LIBERTÉ? French Muslims banned from wearing headscarves in school.
ÉGALITÉ? France's non-whites twice as likely to be unemployed.
FRATERNITÉ? French government admits integration policies have failed.
RÉALITÉ: Riots erupt for eleventh night.
Pour les télés aussi, les images sont si impressionnantes que les journaux télévisés anglais et allemands - pour ceux que j'ai pu voir - font régulièrement l'ouverture dessus, l'ARD et la ZDF ont même livré des édition spéciales ce soir, retardant les autres programmes de 20 minutes. L'ARD critique Sarkozy pour ses mots choquants et le juge ouvertement co-responsable des événements. La ZDF, elle, met l'accent sur une politique de l'immigration tout simplement ratée, et souligne largement qu'il s'agit désormais d'un défi européen. Une image télévisée sur laquelle se terminent régulièrement les reportages des correspondants en France: un plan en zoom sur la Tour Eiffel scintillante puis élargissement, la Tour Eiffel brille au loin, au premier plan, la banlieue brule...
Nous ne sommes plus percus comme le modéle que nous étions (ou avons pu être) dans le passé. Comme après le 21 avril, comme après le 29 mai, il est temps de nous remettre en cause, nous en France, nous Francais.